Françoys Lamothe


POÉsie




la grisaille s’effrite

en averses muettes


il ne sait maudire

le néant indomptable

duquel il émerge blanchi

lessivé de ses faux pas


il cherche sans gémir

les restes du canot

dans les replis sablonneux

de son hébétude


il ne recueille éparses

que des éclisses de bois

et des retailles indéchiffrables

de son carnet antique



il abandonne ces reliques

au creux d’une vieille souche

qu’il pare délicatement

de cailloux fantaisistes

multicolores et cristallins


et sous la voûte céleste

déchirée comme un voile

splendide et terrible

il picore jusqu’à l’ivresse

les framboises tardives

fatalement gonflées d’espoirs

qui le cernent de partout


puis une étrange lumière coule

au travers des branches rudes

le sang du soleil​ teinte le feuillage


la beauté laiteuse des eaux vives

se fond à l’ambiance terne du soir


le noir si profond de la rivière

semble soudainement lui cacher

quelque monstre mythique


il aboutit à tâtons

à l’habitacle providentiel

d’un abri sous-roche

où une étincelle de chance

et un petit bout d’écorce

font naître pour lui

de flamboyantes consolatrices

dont les silhouettes se dessinent

au fond de la caverne


et pendant que les derniers tons

de l’auguste brunante

se dégradent au ciel transparent

il ferme les yeux et se repose

sur des nuages boursoufflés

de fatigue et de contentement


car dans la quiétude cosmique

enlacées à la brise nocturne

les étoiles s’installent

les créatures s'épanchent

s’élevant comme lui pour rejoindre

le cirque ambulant de leurs rêves...​

LE CANOTIER DE LA PÉRIBONKA (SUITE)