Sur le navire du présent


allant vers le futur

les rives du passé

s’éloignent peu à peu

jusqu’à ne devenir

que des contours brumeux

 

une fois bien au large

dans l’après-midi venteux


quand on largue pour de bon


les amarres de la jeunesse


​le vent nous déporte au loin


​jusqu'au point où le soleil 


se met à tomber



et là-bas se tient


une île de langueur

dont on rêve de contempler

l'unique splendeur


​sous nos yeux amusés


les arbres semblent y danser

en verdoyantes risées


ou en fresques mouvantes


​rebondissantes et frisées



et quand on s'y approche 


dans l’immobilité du soir venu

on croit percevoir


​​dans ses alcôves feuillues

des murmures de paix


invitant au repos et au rêve



mais le contre-courant s'y oppose


et nous rejette à la mer


​impossible de goûter


à cette nouvelle terre 



alors on laisse perdurer


le splendide mystère

de cette nuit de fin d'été


​où finalement on se laisse bercer


par les étoiles qui tanguent


entre les mâts du navire sacré


LE NAVIRE DU PRÉSENT

(Pic Island - Lac Supérieur - peinture de Lawren Harris)






  Françoys Lamothe


POÉsie