Françoys Lamothe


POÉsie




(Cèdre rouge - peinture d'Emily Carr)

​​​​​​Dans l'automne du grand oubli


​ils ont tout brûlé sur leur passage

pour s'installer
en conquérants

​​

​s'arrogeant brutalement


notre terres et nos mers


nos rivières et nos gens



s'installant farauds

aux plus beaux avant-postes


de ce continent nouveau

que nous avions royalement


redécouvert et bâti


alors nous sommes partis 


verser le sang


de l'exil intérieur

jusqu'aux arrière-pays


de notre verbe meurtri



restaurant patiemment


nos fiertés piétinées



regarnissant avec grâce


nos choeurs dévalisés



transcendant avec honneur


la rudesse de notre sort



​​exerçant douce revanche


en multipliant labeurs


et justes révoltes



et maintenant soulagés 


par nos gestes de beauté

de grandeur et de puissance



par nos musiques, nos manières

et notre intelligence



nous éblouissons le monde


tout en le recevant aussi



mais ultimement nous n'avons su


qu'en partie défricher


le vrai chemin de notre liberté


car comme un bel oiseau


qui ne veut jamais chanter


ou comme une chandelle sacrée

qui ne veut jamais s'allumer


notre souveraine destinée


reste encore lâchement coincée

entre le repli et l'épanouissement 








LE SANG DE L'EXIL