Françoys Lamothe


POÉsie




NI EN ENFER

​​
Quand refugiés à l'ombre

de la mauvaise fortune
 
nous avons porté ensemble 


les fardeaux imposants


de nos ancêtres immatures



quand en révolte stérile


nous avons brûlé


les diamants précoces


de nos années de jeunesse


​​au feux éphémères et caustiques

de l'outrance et la stupéfaction



​​je t'avais prêté mon amitié

en sachant que je ne la reverrais jamais

car je l'avais moi-même empruntée



tu m'avais dis injustement


que jamais nous ne surpasserions

les idéaux décadents

de notre époque troublée



que toujours nous serions

des héros de la marge

aux destins éclatés



​au nom d'une vaine pureté


tu n'as jamais voulu


risquer ta chance


aux jeux cocasses et ambitieux


de tes frères humains



tu es resté là​

en passive dissidence

tétanisé par l'urgence

de la jungle urbaine


incapable de mettre

une pensée positive

en marche pour toi

ou pour quiconque



j'avais alors décidé

de revenir pour de bon

de ce voyage inachevé

à la fois sacré et maudit

jusqu'au fond du marasme

où nous étions devenus

de si tièdes perdants



​et maintenant je comprends


si bien pour une fois


pourquoi on ne se reverra


ni au ciel ni en enfer
​​​


q


( Grêle de septembre - peinture d'Arthur Lismer )