Françoys Lamothe


POÉsie




(Paysage tahitien - peinture de Paul Gauguin)

LES FEUX ENFOUIS

Comme une pierre précieuse


teintée de couleurs vives 

mais aussi rayée de noir


j'ai gardé ma jeunesse

 

dans le grand coffre à bijoux


de mon éternelle mémoire



je revois ainsi le jour


où je fus projeté


hors des profondeurs 


de ma terre-mère



​quand l'éclat de vie que je suis


au début figé dans une pose


chétive et tremblante


s'est peu à peu développé


en une flamme reluisante


que le souffle du temps


a mystérieusement façonnée


en un feu ardent



que l'instinct jaillissant


des entrailles de l'enfer


a brusquement transformé


en impétueux volcan



tout brûlant d'une force

émergeant sulfureuse


hors du chaud refuge 

de son tectonique berceau



déployant naturellement

son étincelante furie



pétaradant et se cristallisant


en une matière noble



une montagne souveraine


aux penchants ​débordants

de cendres existentielles



aux ruisseaux grouillants


de créatures nouvelles


imbues d'audace et d'inventivité



une plénitude fertile


s'étalant​ au grand jour


davantage et toujours 


​par-delà les frontières


de son magma natal



créant et recréant

les conditions de son destin



au rythme des secousses

de son caractère bouillant 



à l'ombre prolongée

de ses rêves nonchalants



​​toutes flambées et langueurs


revues naïvement


à travers le prisme flamboyant


de mon caillou romantique 



dont la valeur nostalgique


doit maintenant retourner 


à l'écrin velouté​​


obscur et profond


​de l'âme du monde



où somnolent tranquilles


tous les feux enfouis


du passé révolu


et du futur informe