Françoys Lamothe


POÉsie




(Zunoqua of the cat village - peinture d'Emily Carr)

SEULE DANS LA MASSE

​​​​​Sous le dôme pollué d'une ville

fabriquée à l’image du reptile

règnent en maître des cerveaux cyniques

saturés de morales synthétiques

 
prisonnière de la folle mécanique

de leurs doctrines diaboliques

une femme terrifiée y est nourrice

des nouveaux enfants de la malice

 

un poison de trop, un regard fuyant

un cri sourd dans ce monde trop bruyant

la mène souvent l’instant d’un songe

aux confins des angoisses qui la rongent

 
la vie s’éteint dans ce monde fermé

où tout n’est plus que torture et fumée

la discorde règne en maîtresse anonyme

qui avale ou vomit ses noires victimes

 
comment sauver son âme, sa conscience

échapper au suicide psychique en latence

dans cette ruche d’abeilles détraquées

distillant de mielleuses calamités

 
comment fortifier sans soupçon le courage

qu’il lui faut pour briser cette cage

et trouver le refuge mythique interdit

que jadis en secret sa mère a promis



elle tire des craques d’une vieille brique

un petit livre d’images fantastiques

d’êtres colorés sur l’herbe déjeunant

de fleurs étranges au soleil se tournant

 
c’est une bribe de la vieille époque

dont les tyrans souvent se moquent

un temps de trop grande liberté

dont les humains ont hélas profité


 

entre deux pages soudain elle tressaille

des lettres cachées écrites comme en braille

lui révèlent enfin le message tant cherché

pour sortir de l'enfer
elle devra tout tenter

 
courir pleine de rage jusqu’à la mer


ne plus jamais regarder en arrière


disparaître avec l'astre du jour


​au-delà de cette terre sans amour



pour gagner le pays des idées éclairées


où les tenants de la grâce et de la beauté 

cultiveront en son coeur les semences

qui sauront étouffer toutes démences


comme la joie, la vérité et l'espoir


dont les fruits exquis lui feront boire

un doux nectar à saveur de guérison


jouissance ultime de sa libération...