Françoys Lamothe


POÉsie




UN SOUFFLE NOUVEAU

(Autoportrait - peinture de Paul Gauguin)

Comme un corbeau blessé


tu marches à cloche-pied

dans les vallées de la mort

du plomb dans les ailes



ta langue écorchée


pourlèche une panacée


dense et noire

qui coule amèrement

des fruits dévastés


de ta jeunesse anéantie



dans cette déveine


tu subis noblement


ta dernière aventure


sans plus de célestes échappatoires


sans plus de lauriers

sur lesquels t'asseoir



tu clopines dignement


comme un héros de guerre 


vers l'ultime tranchée

où l'insensé destin


te condamne cruellement


au parfum décrépit

de ce jour dernier



jusqu'à ce que la nuit 


s'effondre sur toi


sinistre et ravageuse


c'est l'immense trou noir

de tes idées noires


qui t'aspire dans le vide 


​jusqu'au fond du néant



où tes forces une à une


comme des plumes


​te sont retirées 



comme si tu subissais


le supplice insensé


d'un dieu devenu fou



mais en fermant les yeux


je rêve et je vois


ton véritable destin, ami



celui d'un phénix glorieux


renaissant à lui-même


dans un ultime et majestueux


big bang existentiel



celui d'un être pur


qui dans un cosmos


de corbeaux plus évolués


plane librement


poussé ​gracieusement


par un souffle nouveau



​un courant ascendant


qui l'amène bien loin


du pays trop aride


qui reste le mien...